HAUT DU TABLEAU:
BEACHILL CHANCEUX
Tout commence très bien pour Lee Beachill, le joueur
anglais préféré des Français (pour ceux qui n’ont pas suivi les demis
finales des derniers championnats du monde par équipe, le match décisif
entre Grégory Gaultier et Lee Beachill a été plus que
houleux, même s’il a vu une victoire bien méritée pour le camp français).
Dans son tableau, Beachill a deux « os » de taille : son ami, son
compagnon d’entraînement, la toute dernière merveille du squash mondial,
le jeune James Willstrop (20ans), et le géant Peter Nicol.
Peter Nicol, on ne le présente plus. Mais justement, ça va faire un bout
de temps qu’il domine la scène mondiale, et beaucoup le voit sur la pente
descendante.
JAMES WILLSTROP:
LE MAGICIEN
En quart de finale, Lee affronte donc son pote, un James
Willstrop épuisé par plusieurs semaines d’un Squash époustouflant (en
janvier, il perdait en finale de l’Open du Koweït contre Peter Nicol après
avoir battu John White en quart et Jonathan Power en demi,
et tout début février, il arrivait en demi-finale de l’Open de Suède.
Excusez du peu!).
Beachill écarte son adversaire en 3 sets et 56 minutes
de jeu. James joue bien, mais est tout bonnement épuisé.
PETER NICOL:
LE BOSS
Il en a de la chance, le Beachill, car en demi finale, c’est un
autre joueur épuisé qui fait son entrée sur le court. Un Peter Nicol
bien différent de celui que l’on voit habituellement : discutant les
décisions de l’arbitre, lent à se déplacer, rechignant à courir… Pour tout
vous dire, à 14/9, balle de jeu pour Beachill, le marqueur fait une erreur.
Peter sauve la balle de jeu, et le marqueur annonce : « 9/14 » au lieu de
10/14. La salle s’ébroue, murmure, mais Peter ne bronche pas. Il n’a pas
réalisé l’erreur.
Incroyable !
Peter perd le jeu au point suivant.
Au deuxième set, il devint évident que Peter a un gros problème. Il
abandonne à la fin du jeu, créant une véritable panique frénétique et
électrique chez les journalistes.
En fait, quelque temps auparavant, Peter Nicol a souffert d’un
virus qui l’a considérablement affaibli. Lors de son match contre
Jonathan Power en finale du British Open en Octobre 2003, il a
poussé son corps bien au-delà des limites humaines.
Cette fois, se sentant
faible, il décide très intelligemment de se retirer. Bien lui en pris car
quelques jours plus tard, il remportera le Tournoi des Champions de
New-York !
Donc Lee Beachill se retrouve en finale pratiquement sans avoir joué !
Donc, en pleine forme.
BAS DU TABLEAU:
WHITE IMPERIAL
De l’autre côté du tableau, John White a, lui aussi, deux obstacles
à surmonter. Le premier, Alex Gough, ancien numéro 5 mondial,
maintenant 27ème. Pourquoi ce joueur pose-t-il un problème particulier à
White ? Parce que l’année précédente, Gough le Gallois a battu le numéro
un mondial actuel en 5 sets mémorables.
Comme prévu, Alex donne bien du fil à retordre au Grand Australien devenu
Écossais, mais 97 minutes plus tard, d’un match exemplaire de bonne humeur,
de superbe squash, de remarquables interceptions de Gough, et de coups de
génie de son adversaire, John White arrive pour la première fois de sa
carrière en demi finale du Nationals Britannique.
ADRIAN GRANT
ÉCARTE MATTHEW
Son deuxième obstacle s’appelle Nick Matthew, 23ans, 10ème mondial,
et une valeur montante du squash mondial, demi finaliste de l’Open de
Quatar, tournoi dans lequel il a successivement battu Jonathan Power et
David Palmer. Mais un autre joueur de 23 ans en pleine progression,
Adrian Grant, 23ème mondial, allait bien arranger les affaires de
l’Écossais. Contre toute attente, devant sa mère qui murmure des petits «
allez Adrian », le jeune londonien se débarrasse de son coéquipier
d’équipe nationale en trois sets très serrés 15/5, 15/13, 15/14. Oui,
15/14, car à 14 partout, Grant choisit « 1 point », comme le fait
systématiquement Jonathan Power.
Cette victoire sur Matthew, la première depuis deux ans, lui ouvre grand
les portes de sa première demi-finale du Nationals.
Alors, deux « nouveaux » en demi-finale : John White, 30 ans, bien
décidé à décrocher un titre qui lui manque cruellement dans sa collection,
contre Adrian Grant, le petit jeune, déterminé à faire ses marques
sur le plan mondial.
Il faudra quatre sets à l’Écossais pour se débarrasser du petit Poucet. Il
prend facilement le premier, mais perd le second 11/15 après avoir été
mené 2/12.
Juste un petit mot en passant. À 11/3, la balle est sortie du court, et
devinez sur quelle tête elle a atterri ? Voui ! La mienne ! Ça fait mal ce
truc…. Et surtout, ça surprend !
Enfin, deux sets plus tard, un John White rayonnant allait pouvoir
affronter Lee Beachill en finale.
« Pendant tout le match », me confia Adrian Grant « à part le
deuxième set, ma longueur de balle n’était pas assez précise, et ça,
contre John White, ça ne pardonne pas. J’essayais de faire de mon mieux,
mais ma longueur n’était pas assez parfaite, et John m’assassinait à
chaque fois ».
Alister Walker, un jeune joueur qui fit une très bonne prestation
au premier tour contre White, m’a dit « C’est tellement difficile de jouer
contre John. On a l’impression qu’il n’a pas vraiment de stratégie en tête,
et qu’il joue le premier coup qu’il lui passe par la tête ! Il ne vous
donne aucun rythme. ».
LA FINALE
Contrairement à ce que pense le jeune Walker, pour la finale, John White
avait un plan :
« Jouer des balles longues, et faire durer les échanges ».
Il suit son plan pendant les deux premiers sets, qu’il gagne difficilement,
très difficilement 17/16, 17/14. Lee aurait sans doute remporté le 2ème
s’il n’avait pas perdu un peu de sa concentration après avoir frappé
involontairement John à la mâchoire, alors qu’il menait 14/11.
Au 3ème, la stratégie de White fond comme neige au soleil, et il attaque
tout ce qui lui passe à portée de raquette ! Vous savez, John White a une
façon de se planter sur le T, et de tout renvoyer en bougeant un minimum.
« J’utilise mon poignet, alors même si je ne suis pas en parfaite
position, je peux volleyer la balle, alors que Lee, lui, préfère attendre
d’être en parfaite position pour jouer. C’est pour cela qu’il préfère très
souvent jouer la balle après qu’elle ait rebondi sur le mur arrière. »
À la fin de ce 3ème set, John perd un peu de sa concentration, tente un
triple mur inutile, dialogue avec l’arbitre à propos d’un service de son
adversaire qu’il pense faute, bref, fait un petit peu n’importe quoi, et
Lee revient au score 15/4.
Le dernier set n’est qu’une formalité. La précision des coups de John
White, ses prises de risques perpétuelles, son culot, finissent par avoir
raison du jeu défensif de l’Anglais.
17/16, 17/14, 14/15, 15/8. 82 minutes.
UNE
VICTOIRE
DÉDIÉE A L’ÉCOSSE
John White,
l’Australien jouant pour l’Écosse depuis 1998, décroche son premier titre
de Champion Britannique. Un titre qu’il voulait très fort cette année, et
pour lequel il s’était longuement préparé, aussi bien physiquement que
mentalement.
« Bien que j’habite tout près d’ici, j’ai dit à ma femme et à mes enfants
que ce tournoi serait comme ceux où je dois partir très loin. Ce titre
était très important aussi bien pour moi que pour la Fédération Écossaise,
qui a beaucoup fait pour moi depuis 5 ans maintenant.
Moi, j’étais drôlement contente, parce que, bien que je n’ai absolument
rien contre Lee Beachill, un jeune homme charmant et un superbe joueur,
j’ai un petit faible pour l’humour et les prises de risques du Grand John.
Et en plus, il a le charme et le sourire de Nicolas Cage. Alors...

Chez les femmes, Cassie Jackman,
qui vient tout juste de se marier à un entrepreneur australien, ne perdit
qu’un seul set durant tout le tournoi (0/9 demi-finale contre Fiona
Geaves, championne britannique 2004 des plus de 35 ans) et accrocha un
titre de plus à son palmarès déjà prestigieux en battant Linda Charman
en trois sets.
Cassie entre ainsi dans l’Histoire, en gagnant 6 fois le
titre de « Championne Britannique ».
L’amour et le boulot.
Ah, il y en a
qui ont vraiment la raquette bordée de nouilles….
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