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Février 2004
  

LES « NATIONALS »
DE GRANDE-BRETAGNE

 
ÉCOSSE-AUSTRALIE 3 – ANGLETERRE 1 !

HAUT DU TABLEAU:
BEACHILL CHANCEUX

  
Tout commence très bien pour Lee Beachill, le joueur anglais préféré des Français (pour ceux qui n’ont pas suivi les demis finales des derniers championnats du monde par équipe, le match décisif entre Grégory Gaultier et Lee Beachill a été plus que houleux, même s’il a vu une victoire bien méritée pour le camp français).

Dans son tableau, Beachill a deux « os » de taille : son ami, son compagnon d’entraînement, la toute dernière merveille du squash mondial, le jeune James Willstrop (20ans), et le géant Peter Nicol. Peter Nicol, on ne le présente plus. Mais justement, ça va faire un bout de temps qu’il domine la scène mondiale, et beaucoup le voit sur la pente descendante.

JAMES WILLSTROP:
LE MAGICIEN

 
En quart de finale, Lee affronte donc son pote, un James Willstrop épuisé par plusieurs semaines d’un Squash époustouflant (en janvier, il perdait en finale de l’Open du Koweït contre Peter Nicol après avoir battu John White en quart et Jonathan Power en demi, et tout début février, il arrivait en demi-finale de l’Open de Suède. Excusez du peu!).

Beachill écarte son adversaire en 3 sets et 56 minutes de jeu. James joue bien, mais est tout bonnement épuisé.

PETER NICOL:
LE BOSS

 
Il en a de la chance, le Beachill, car en demi finale, c’est un autre joueur épuisé qui fait son entrée sur le court. Un Peter Nicol bien différent de celui que l’on voit habituellement : discutant les décisions de l’arbitre, lent à se déplacer, rechignant à courir… Pour tout vous dire, à 14/9, balle de jeu pour Beachill, le marqueur fait une erreur. Peter sauve la balle de jeu, et le marqueur annonce : « 9/14 » au lieu de 10/14. La salle s’ébroue, murmure, mais Peter ne bronche pas. Il n’a pas réalisé l’erreur.

Incroyable !

Peter perd le jeu au point suivant.

Au deuxième set, il devint évident que Peter a un gros problème. Il abandonne à la fin du jeu, créant une véritable panique frénétique et électrique chez les journalistes.

En fait, quelque temps auparavant, Peter Nicol a souffert d’un virus qui l’a considérablement affaibli. Lors de son match contre Jonathan Power en finale du British Open en Octobre 2003, il a poussé son corps bien au-delà des limites humaines.

Cette fois, se sentant faible, il décide très intelligemment de se retirer. Bien lui en pris car quelques jours plus tard, il remportera le Tournoi des Champions de New-York !

Donc Lee Beachill se retrouve en finale pratiquement sans avoir joué ! Donc, en pleine forme.

BAS DU TABLEAU:
WHITE IMPERIAL

 
De l’autre côté du tableau, John White a, lui aussi, deux obstacles à surmonter. Le premier, Alex Gough, ancien numéro 5 mondial, maintenant 27ème. Pourquoi ce joueur pose-t-il un problème particulier à White ? Parce que l’année précédente, Gough le Gallois a battu le numéro un mondial actuel en 5 sets mémorables.

Comme prévu, Alex donne bien du fil à retordre au Grand Australien devenu Écossais, mais 97 minutes plus tard, d’un match exemplaire de bonne humeur, de superbe squash, de remarquables interceptions de Gough, et de coups de génie de son adversaire, John White arrive pour la première fois de sa carrière en demi finale du Nationals Britannique.

ADRIAN GRANT
ÉCARTE MATTHEW

 
Son deuxième obstacle s’appelle Nick Matthew, 23ans, 10ème mondial, et une valeur montante du squash mondial, demi finaliste de l’Open de Quatar, tournoi dans lequel il a successivement battu Jonathan Power et David Palmer. Mais un autre joueur de 23 ans en pleine progression, Adrian Grant, 23ème mondial, allait bien arranger les affaires de l’Écossais. Contre toute attente, devant sa mère qui murmure des petits « allez Adrian », le jeune londonien se débarrasse de son coéquipier d’équipe nationale en trois sets très serrés 15/5, 15/13, 15/14. Oui, 15/14, car à 14 partout, Grant choisit « 1 point », comme le fait systématiquement Jonathan Power.

Cette victoire sur Matthew, la première depuis deux ans, lui ouvre grand les portes de sa première demi-finale du Nationals.

Alors, deux « nouveaux » en demi-finale : John White, 30 ans, bien décidé à décrocher un titre qui lui manque cruellement dans sa collection, contre Adrian Grant, le petit jeune, déterminé à faire ses marques sur le plan mondial.

Il faudra quatre sets à l’Écossais pour se débarrasser du petit Poucet. Il prend facilement le premier, mais perd le second 11/15 après avoir été mené 2/12.

Juste un petit mot en passant. À 11/3, la balle est sortie du court, et devinez sur quelle tête elle a atterri ? Voui ! La mienne ! Ça fait mal ce truc…. Et surtout, ça surprend !

Enfin, deux sets plus tard, un John White rayonnant allait pouvoir affronter Lee Beachill en finale.

« Pendant tout le match », me confia Adrian Grant « à part le deuxième set, ma longueur de balle n’était pas assez précise, et ça, contre John White, ça ne pardonne pas. J’essayais de faire de mon mieux, mais ma longueur n’était pas assez parfaite, et John m’assassinait à chaque fois ».

Alister Walker, un jeune joueur qui fit une très bonne prestation au premier tour contre White, m’a dit « C’est tellement difficile de jouer contre John. On a l’impression qu’il n’a pas vraiment de stratégie en tête, et qu’il joue le premier coup qu’il lui passe par la tête ! Il ne vous donne aucun rythme. ».

LA FINALE
 
Contrairement à ce que pense le jeune Walker, pour la finale, John White avait un plan :
« Jouer des balles longues, et faire durer les échanges ».

Il suit son plan pendant les deux premiers sets, qu’il gagne difficilement, très difficilement 17/16, 17/14. Lee aurait sans doute remporté le 2ème s’il n’avait pas perdu un peu de sa concentration après avoir frappé involontairement John à la mâchoire, alors qu’il menait 14/11.

Au 3ème, la stratégie de White fond comme neige au soleil, et il attaque tout ce qui lui passe à portée de raquette ! Vous savez, John White a une façon de se planter sur le T, et de tout renvoyer en bougeant un minimum.

« J’utilise mon poignet, alors même si je ne suis pas en parfaite position, je peux volleyer la balle, alors que Lee, lui, préfère attendre d’être en parfaite position pour jouer. C’est pour cela qu’il préfère très souvent jouer la balle après qu’elle ait rebondi sur le mur arrière. »

À la fin de ce 3ème set, John perd un peu de sa concentration, tente un triple mur inutile, dialogue avec l’arbitre à propos d’un service de son adversaire qu’il pense faute, bref, fait un petit peu n’importe quoi, et Lee revient au score 15/4.

Le dernier set n’est qu’une formalité. La précision des coups de John White, ses prises de risques perpétuelles, son culot, finissent par avoir raison du jeu défensif de l’Anglais.

17/16, 17/14, 14/15, 15/8. 82 minutes.

UNE VICTOIRE
DÉDIÉE A L’ÉCOSSE

 
John White, l’Australien jouant pour l’Écosse depuis 1998, décroche son premier titre de Champion Britannique. Un titre qu’il voulait très fort cette année, et pour lequel il s’était longuement préparé, aussi bien physiquement que mentalement.

« Bien que j’habite tout près d’ici, j’ai dit à ma femme et à mes enfants que ce tournoi serait comme ceux où je dois partir très loin. Ce titre était très important aussi bien pour moi que pour la Fédération Écossaise, qui a beaucoup fait pour moi depuis 5 ans maintenant.

Moi, j’étais drôlement contente, parce que, bien que je n’ai absolument rien contre Lee Beachill, un jeune homme charmant et un superbe joueur, j’ai un petit faible pour l’humour et les prises de risques du Grand John. Et en plus, il a le charme et le sourire de Nicolas Cage. Alors...


Chez les femmes, Cassie Jackman, qui vient tout juste de se marier à un entrepreneur australien, ne perdit qu’un seul set durant tout le tournoi (0/9 demi-finale contre Fiona Geaves, championne britannique 2004 des plus de 35 ans) et accrocha un titre de plus à son palmarès déjà prestigieux en battant Linda Charman en trois sets.

Cassie entre ainsi dans l’Histoire, en gagnant 6 fois le titre de « Championne Britannique ».

L’amour et le boulot.

Ah, il y en a qui ont vraiment la raquette bordée de nouilles….
 

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